Ils s’appellent Moussa et Youssouf, ils sont demandeurs d’asile et habitent à Tours, ils se battent pour obtenir une formation, passeport indispensable à leur intégration. Détours est allé à leur rencontre.

Il fait froid en ce mercredi du mois de décembre devant l’association la Plateforme d’accueil des demandeurs d’asile (Pada) à Tours, près du cinéma CGR centre. Sous le porche d’entrée de deux immeubles d’habitation des années 1980, le long du tramway, quelques marches mènent à une petite terrasse. À droite, une porte permet de rentrer dans l’enceinte. Quelques personnes attendent devant, pour recevoir leur courrier et pour faire un point sur leurs demandes.

On entend plusieurs langues, du russe, de l’arabe… Youssouf est l’une de ces voix. Casquette sur la tête et écharpe autour du cou, il est désespéré de sa situation : « Moi, j’aimerais bien retourner à l’université. Je veux un diplôme et une formation. »

Youssouf est l’un des demandeurs d’asile qui attend devant la Pada. (Photo : Eva Debray)

Le jeune homme de 26 ans est originaire de Guinée Conakry. Il ne perd pas de vue son objectif : rentrer dans le marché du travail. Pour cela, il aimerait reprendre ses études en sociologie. Mais la loi ne l’autorise pas à s’inscrire à l’université avant d’être régularisé.

Moussa, la trentaine, grand et charpenté, préfère conserver l’anonymat. Lui aussi est consterné de ne pouvoir être formé. Il a suivi des cours de français, de maths et d’informatique en France. « Mais ce n’est pas ça qui va me donner un travail, explique-t-il. J’aimerais vraiment faire une formation. J’ai appris à travailler à la sueur de mon front. » Dans son pays, qu’il n’a pas souhaité révéler, il s’est spécialisé dans l’électricité. Il cherche à travailler dans le bâtiment, un domaine qu’il connaît bien.

La loi, une épine dans leurs pieds

Pour favoriser leur intégration, tous deux se sont lancés dans le bénévolat. Moussa, avec La Croix-Rouge, tout comme Youssouf, qui s’est en plus engagé à l’épicerie solidaire de l’association Entraide et solidarités, près de l’aéroport aux portes de la ville et à la Table de Jeanne-Marie, quartier Febvotte.

Pourtant, Moussa ne se sent pas à l’aise. L’impossibilité de trouver du travail est une épine dans son pied. Il soupire : « Ça me gêne de recevoir de l’argent sans rien faire. » Ce besoin d’être utile est partagé par Youssouf : « Ça me rend triste de rester à la maison. Faire du bénévolat, c’est bien, mais ça ne mène à aucun projet professionnel. »

Jean Carré est vice-président du Secours catholique en Indre-et-Loire.

Au Secours Catholique d’Indre-et-Loire, quai de Portillon, on est à l’écoute des demandeurs d’asile. L’association en a aidé plus d’un millier en 2019. Jean Carré, vice-président de la délégation départementale, les accompagne au mieux. Dans la salle de réunion, la bienveillance est de mise. Des calendriers de l’Avent sont prêts à être distribués aux bénéficiaires.

Au Secours catholique, les calendriers de l’Avent attendent leurs bénéficiaires. (Photo : Eva Debray)

Jean Carré déplore que le blocage vienne de l’administration et de la loi : « En dehors des cours du FLE, le Français langue étrangère, il n’y a pas de formation ni d’emploi possible tant que les demandeurs d’asile ne sont pas régularisés. » La démarche peut prendre plusieurs années, il cite l’exemple d’une famille géorgienne qui est en attente de régularisation depuis neuf ans. Malgré tout, il garde espoir. Selon lui, la nouvelle préfète, Marie Lajus, nommée en août 2020 semblerait accélérer les démarches et statuer rapidement sur les demandes.

Jean Carré défend l’accès des demandeurs d’asile à la formation professionnelle. (Photo : Eva Debray)

Une perte de temps

Pourtant, au Secours Catholique, on essaye de proposer des initiatives pour donner aux demandeurs d’asile un avant-goût du monde du travail en France. Jean Carré raconte, avec fierté, qu’il organise « des visites des entreprises, comme à Tri 37, une entreprise de traitement des déchets à La Riche, au quotidien local, la Nouvelle République, à Tours Sud ou encore au Centre de formations d’apprentis (CFA) de Joué-lès-Tours. »

Il y a tout de même un sentiment de perte de temps pour Moussa et Youssouf. Ces années passées sans emploi et sans formation sont problématiques avec l’âge. Moussa, emmitouflé dans son écharpe est frustré et déçu : « La vie, c’est donnant donnant. Moi aussi j’ai envie de contribuer avant de recevoir. » Youssouf renchérit. Il souffle dans le froid : « On ne peut pas rattraper le temps perdu. »

Ce travail est le fruit d’un partenariat entre le projet Go On ! porté par la mission locale de Tours et des étudiants de l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), qui pilotent le site d’information participatif Détours.

Le projet Go On ! a pour but de repérer les publics dits « invisibles » et de mener des actions de mobilisation. Pendant quatre jours, trois étudiants ont accompagné deux jeunes dans la réalisation d’une production éditoriale sur le sujet et le support de leur choix. À la fin de l’atelier, un article écrit et une vidéo ont été diffusés.

Go On ! est financé par la Direccte Centre, dans le cadre du Plan d’Investissement Compétences (PIC). L’EPJT est membre du consortium qui porte le projet.